AFJB - Association des Femmes Juristes du Bénin

Eliane Odounlami et Firmine Kpade

     L'Association des Femmes Juristes du Bénin (AFJB) se définit comme une association de promotion des droits de l'homme et en particulier des droits de la femme.

     Eliane Odounlami et Firmine Kpade nous ont reçues au centre d'aide juridique de Cotonou, un des trois centres que compte l'association. Respectivement trésorière générale et trésorière générale adjointe, elles nous ont expliqué les activités qu'elles mènent au sein de l'ONG.

Eviter les délits des « gens qui ne savaient pas »

     Créée en 1990, l'AFJB avait initialement pour but principal de vulgariser les textes de loi pour éviter certains délits de « gens qui ne savaient pas ». Ainsi, le centre d'écoute juridique a été mis en place pour « être à l'écoute des populations quand tout le monde ne peut pas aller devant les tribunaux ». Les centres reçoivent donc, au cours de séances de consultations juridiques, aussi bien des hommes que des femmes qui viennent leur exposer leurs problèmes de succession, de recherche de paternité, de garde d'enfants, de conflits entre époux…
Pour l'ensemble de ces cas, les membres de l'AFJB ont pour devise de toujours favoriser la conciliation.

Un travail efficace

     Mme Kpade est très fière du travail qui a d'ores et déjà été réalisé. « De nombreux couples ont été sauvés à la suite de ces conciliations ». Dans d'autres cas, l'association a réussi à faire verser par des époux qui avaient abandonné le domicile conjugal une pension alimentaire à leur(s) épouse(s). La pension est versée à l'AFJB et c'est dans leurs locaux que les femmes viennent la retirer.

Assurer une protection aux veuves

     En ce qui concerne la succession, « les pratiques traditionnelles rétrogrades handicapent la jouissance réelle des droits de la femme », l'association aide donc les femmes à obtenir une pension de veuvage ainsi que la garde de leurs enfants. En outre, « Les femmes sont souvent considérées comme faisant partie de l'héritage, comme un bien parmi d'autres tels que la voiture, la maison… » déplore Firmine. Ainsi, au Bénin - comme ailleurs en Afrique -, le lévirat est pratiqué assez fréquemment : les femmes veuves sont généralement remariées sans leur consentement à l'un des frères de leur défunt mari. Dans d'autres cas, elle et ses enfants sont dépossédés de leurs biens lorsque l'un de leurs beaux-frères s'empare de l'héritage. Face à ces situations, l'AFJB intervient en convoquant la famille pour l'obliger à réaliser un « conseil de famille » où seront expliqués les droits de chacun et les procédures en matière de succession.

La formation de parajuristes

     Un des problèmes de l'association est qu'elle n'a pas les moyens d'avoir des antennes dans tout le pays. Pour y remédier, elle forme, dans chacune des localités où elle n'a pas de représentant, des parajuristes. Ces personnes, hommes ou femmes, sont choisies en fonction de leur disponibilité, de leur contact avec les populations (ils peuvent être infirmiers, élus locaux, sages-femmes…). La formation dure cinq jours et aborde divers aspects du droit : droit de la famille, de succession… Ces parajuristes servent alors de relais dans les localités où l'AFJB n'est pas implantée.

Un travail de sensibilisation

     Des sensibilisations sur des thèmes précis sont également organisées afin de toucher le plus grand nombre : il peut s'agir par exemple de l'importance d'établir des actes d'état civil (actes de naissance, de décès, mariage…). Actuellement, l'association termine un projet qu'elle a mené avec le soutien de l'ONG Oxfam/Québec pour sensibiliser les parents au maintien des filles dans le système scolaire.

Pour une implication des femmes dans la vie politique

Le guide le la femme leader

     Mais le travail de l'AFJB ne s'arrête pas là. Les femmes juristes interviennent également en période électorale. Avant les élections, elles forment notamment des femmes candidates de manière à renforcer leurs capacités , notamment en lois électorales, elles se rendent avant les élections dans les établissements de second cycle afin de sensibiliser les élèves qui vont voter pour la première fois à l'importance de cette démarche. Enfin, elles participent à des émissions de radio et, le jour des élections, elles observent le déroulement du scrutin afin d'établir ou non sa transparence.

     Pour mener à bien l'ensemble de ces activités, l'AFJB édite des plaquettes et autres documents sur les thèmes qu'elle traite : les femmes leaders, la décentralisation, le lévirat, …

Des résultats encourageants

Une plaquette contre le mariage forcé

     L'association compte actuellement une cinquantaine de membres, toutes des femmes, juristes de profession, qui ont au moins une licence de droit. Chaque membre verse une cotisation mensuelle de 5 000 francs CFA par mois qui sert à financer l'ensemble des charges des centres d'aide juridique. Toutes disent agir dans le même but : contribuer au développement de leur pays. « Et puis, dans nos coutumes, ce sont les femmes qui sont les plus brimées : il faut qu'on les aide à bannir certaines de ces coutumes, faire comprendre à tous que les femmes ont les mêmes droits que les hommes, qu'elles ne sont pas un objet qu'on peut vendre, que la femme n'est pas la propriété de quelqu'un ».

     Depuis la création de l'association, les choses ont évolué : les problèmes liés au mariage forcé sont en nette diminution, les femmes ont le courage de se porter candidate aux élections (la présidente de l'AFJB, Mme Gbedo, a d'ailleurs été candidate aux dernières élections présidentielles et se représente à celles prévues en 2006) mais, « même si les femmes commencent à s'investir, elles n'ont généralement pas assez d'argent pour figurer en haut des listes électorales, aux législatives notamment, et sont donc souvent mal positionnées. »

     Par ailleurs, autre évolution positive, un nouveau code des personnes et de la famille a été voté, préconisant le mariage monogamique. Néanmoins, il n'a pas encore été mis en application car il faut encore le mettre en conformité avec la constitution et nombre de députés tentent encore de faire avorter le projet.

     L'AFJB s'auto-finance en grande partie, mais des aides ponctuelles lui permettent de réaliser certains projets : la Coopération Canadienne a par exemple financé la construction d'un centre d'aide juridique et l'Agence Internationale de la Francophonie et la Coopération Française ont participé à la publication de documents pédagogiques.

Une consultation juridique

     Eliane Odounlami a accepté avec simplicité que nous assistions à l'une des consultations juridiques qu'elle offrait en cette matinée du 22 avril 2004.

     Une femme en robe orange entre dans la pièce, un fichu fleuri dans les cheveux, et s'asseoit au bureau en face d'Eliane.
Elle parle vite, en fon mêlé de quelques expressions en français : « devant les enfants », « école », « grand frère »... Elle explique longuement sa requête, avec une certaine résignation, puis montre une photo de ses enfants. Eliane écoute sans rien dire, attentive, en acquiesçant de temps en temps.

     Une fois que la femme a terminé son récit, Eliane nous expose sa situation. Mère de trois enfants, elle s'est séparée de son mari il y a quelques années parce qu'il la battait. Tous deux s'étaient alors mis d'accord pour que ce soit elle qui garde les enfants. Ceux-ci passaient un week-end sur deux chez leur père, quand un jour, les enfants n'ont pas été raccompagnés chez leur mère à la fin du week-end comme convenu.
La mère a cherché à revoir ses enfants et a constaté qu'ils étaient livrés à eux-mêmes, confiés à leur grand-mère trop âgée. Elle cherche donc aujourd'hui à obtenir leur garde.

     Le dossier va être confié à l'une des juristes de l'AFJB qui aidera la mère à rédiger les requêtes et lettres nécessaires et la conseillera sur les démarches à accomplir.
La demande de cette mère a toutes les chances d'aboutir, d'après Eliane, puisqu'elle dispose d'un revenu suffisant pour subvenir aux besoins de ses enfants (environ 15 000 F CFA par mois), ce qui est rarement le cas des femmes qui se présentent à l'AFJB pour des problèmes similaires.

Cette page a été réalisée par les membres de l'association Courants de Femmes.