FAWE – Forum des Educatrices Africaines

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  • Dernière rencontre : Mars 2004

Alice Tiendrébéogo est l'une des cinq membres fondatrices du FAWE

     C'est Alice Tiendrébéogo, vice présidente du FAWE, qui nous a reçues pour nous parler des activités du Forum des Educatrices Africaines au Burkina Faso. Le FAWE est né en 1993 à la suite de la Déclaration de Jombien de 1990 pour l'Education Pour Tous. Plusieurs femmes ministres de l'éducation ou des femmes influentes de quelques pays africains se sont réunies pour fonder cette organisation vouée à réduire au maximum les disparités liées au genre en matière d'éducation. Cette association internationale cherche donc à accroître l'accès et le maintien à l'école, ainsi que la qualité de l'éducation pour toutes les filles dans le système scolaire.
Aujourd'hui, le FAWE dispose de bureaux dans 33 pays africains. Au Burkina Faso, l'association compte une centaine de membres ainsi que plusieurs organisations locales avec lesquelles s'effectue le travail de terrain.

     Alice Tiendrébéogo est aujourd'hui une figure de la société civile burkinabé, après avoir été une personnalité politique. Elle a participé directement aux efforts révolutionnaires qui ont élevé la femme à un meilleur statut au Burkina, lorsqu'elle était Ministre de l'Action Sociale, puis de l'Enseignement de Base. Elle s'est toujours sentie concernée par la question de la scolarisation des jeunes filles : elle a été proviseur d'un lycée de jeunes filles et cinq de ses six enfants sont des filles…
Quand elle nous reçoit, c'est dans son bureau du Fonds de Développement de l'Alphabétisation et de l'Education Non Formelle qu'elle dirige. Pour elle, la priorité doit toujours être donnée à l'éducation car « pour une vraie participation civique, il faut que les gens aillent à l'école ».

« L'avenir du pays repose sur les jeunes filles »

     Pour Alice Tiendrébéogo, les femmes d'aujourd'hui sont dépassées. Elles ont été élevées dans l'idée que les hommes étaient supérieurs aux femmes. Mais les jeunes filles constituent une nouvelle génération sur laquelle FAWE entend cibler ses actions. Il existe deux principaux problèmes : un accès très limité à l'éducation, mais aussi un fort taux d'échec scolaire ou d'abandon.

Education informelle

     Dans le cadre du programme OSEO, quelques 200 jeunes filles bénéficient de cours du soir. Bien souvent, elles occupent des postes de bonnes à tout faire dans Ouagadougou et gagnent 5.000 à 10.000 francs CFA par mois. Le FAWE prend en charge des cours du soir pour ces jeunes filles qui sont formées en comptabilité simplifiée ou en marketing afin de les aider à monter un petit commerce.
Pour les jeunes filles qui ont pu aller jusqu'au CP1, les centres de formation du FAWE proposent non seulement un enseignement technique (couture, coiffure, mécanique, électricité, maçonnerie…) mais également des sensibilisations et des formations dans différents domaines. Certaines matières telles que le droit des femmes et des enfants ou l'éducation civique y sont enseignées alors qu'elles ne sont pas abordées à l'école.

Education formelle

     Le FAWE Burkina, grâce au soutien de l'Ambassade des Etats-Unis, a permis à 285 filles de bénéficier de bourses pour la scolarisation au collège et au lycée. Ces jeunes filles sont sélectionnées sur critères sociaux puis selon leurs résultats. Le FAWE a par ailleurs mis en place des « clubs » de jeunes filles dans la vingtaine d'établissements où travaillent les boursières. Les jeunes filles y sont sensibilisées sur le sida ou la planification familiale par exemple. Elles prennent de plus en plus conscience de l'importance de prendre la parole en public et d'exprimer leurs sentiments. Chaque club est encadré par une marraine membre du FAWE.

Donner confiance aux jeunes filles et les protéger

      Pour Alice Tiendrébéogo, il faut « faire prendre conscience aux jeunes filles non seulement de leur importance, mais aussi des dangers qui les entourent ». Donner confiance aux jeunes filles reste un de ses objectifs centraux. Le FAWE organise ainsi de nombreux ateliers de réflexion auprès des filles de nombreuses régions.

     Un de ces ateliers portait sur le thème des violences faites aux filles, notamment en milieu scolaire. Pour Alice Tiendrébéogo, « le harcèlement sexuel est indéniablement un des facteurs de l'abandon scolaire des filles. » Certains parents refusent d'envoyer leurs filles à l'école de peur qu'elles n'en reviennent avec un bébé. En effet, certains professeurs n'hésitent pas à abuser de leurs élèves sous prétexte que celles-ci sont habillées de manière indécente. Ainsi, au cours d'une conférence sur la scolarisation des jeunes filles au lycée Nelson Mandela, le proviseur est intervenu en expliquant et excusant l'attitude des enseignants et a mis en cause les seules jeunes filles trop « dénudées » victimes d'abus. Mais la présidente du FAWE Burkina admet avec tristesse qu'il existe également une « prostitution cachée » au sein des écoles. La vie citadine est très difficile puisque « quand il n'y a pas d'argent, on ne peut pas s'en sortir : tout s'achète ».

Les limites de l'efficacité des actions du FAWE

     Pour le moment, Alice Tiendrébéogo n'envisage pas de diversifier les activités de FAWE Burkina, mais plutôt d'améliorer celles qui sont en cours. Elle souhaiterait notamment que les membres de son association puissent bénéficier d'un renforcement de leurs compétences et de formations continues. Elle redoute en effet le fait que les animatrices et formatrices soient parfois dépassées et ne soient plus aptes à bien travailler.
Par ailleurs, Alice remarque que le vrai problème des séances de sensibilisation est « l'absence de feedback ». Elle estime pour cela nécessaire de former des personnes relais au sein même des villages.

Cette page a été réalisée par les membres de l'association Courants de Femmes.