Association « Sewa Djama »

  • Chez Djeneba Cissé
    Rue 225 – Porte 137
    Dar Salam
    Ségou
    Mali
  • (223) 684 94 00
  • djenebai@yahoo.fr
  • Dernière rencontre : Août 2008

La présidente de l'association, Madame Djeneba Cissé

     L'association « Sewa Djama » a été créée en 2001 et regroupe dix femmes âgées de 15 à 65 ans. Quand nous leur rendons visite en 2004, toutes sont là pour nous accueillir sur des nattes dans la cour de la maison de Djeneba, souriantes et complices. « Sewa Djama » est présidée par Mme Djeneba Cissé, une femme dynamique au regard franc et déterminé. Quand nous y sommes retournés en 2006 puis en 2008, c'est elle qui nous a accueillis, avec la trésorière de l'association.

     Les femmes de tout âge s'entendent à merveille, se taquinent, se soutiennent. Elles aiment se retrouver entre elles, dès que possible, pour travailler, plaisanter et « se raconter leurs soucis ».
Quand nous leur demandons d'expliquer l'absence d'hommes dans le groupement, elles sourient et répondent qu'elles veulent bien qu'ils viennent mais que ce sont là « des activités de femmes »!

     Djeneba Cissé a bénéficié d'une formation délivrée par l'association DEFSAM (située à Bamako) en 1997 sur les techniques de transformation. Elle a ensuite voulu permettre aux femmes de son entourage d'acquérir elles aussi ces nouvelles compétences et s'est donc chargée de la formation de ces femmes avec lesquelles elle a ensuite pu constituer l'association « Sewa Djama ».

Des activités de transformation vers une expansion dans le domaine de l'agroalimentaire.

Préparation du fonio précuit

      Les membres de « Sewa Djama » sont spécialisées dans la production de miel et de fonio précuit, qui a très bonne réputation dans la région.

     Les femmes achètent au marché un kilo de fonio à 250 francs CFA. Une fois qu'il a été lavé, les impuretés sont retirées à l'aide de calebasses par transvasements successifs. La graine ainsi nettoyée est ensuite précuite une première fois. Lorsque la vapeur s'échappe de la marmite, la cuisson est arrêtée et le fonio est égrainé puis réhydraté. On le remet ensuite à cuire jusqu'à ce que la vapeur s'échappe de nouveau. Enfin, il est mis à sécher pendant deux jours sur un séchoir solaire. Le kilo initial de graine ne pèse désormais plus que 700 grammes ! Et un kilo de fonio précuit est revendu 1 000 francs CFA à des clients réguliers (particuliers et restaurateurs de la région de Ségou), envoyé pour répondre à des commandes provenant de Bamako ou encore vendu sur les foires et marchés de la région. Lorsqu'une commande a été passée, toutes les membres se réunissent pour satisfaire cette demande.

     Les femmes de « Sewa Djama » ont également mis en place le séchage d'oignons qu'elles achètent pendant la saison sèche et revendent pendant la saison des pluies, alors que les prix du marché sont très élevés puisque l'oignon est rare. Elles fabriquent aussi des jus de fruits, du savon de miel et du miel. L'association possède deux points de vente dans Ségou, chacun étant tenu par une vendeuse.

Le nettoyage du fonio

     Ses activités dans le secteur de l'agroalimentaire se sont diversifiées. Parmi les activités de transformation on trouve aussi la transformation de la poudre de baobab en bonbons et la production de beurre de karité, une filière qui marche apparemment très bien. L'association s'est aussi spécialisée dans la culture et l'exportation de sésame. La présidente a ainsi acheté sur fonds propres un champ de deux hectares qu'elle exploite avec les membres de l'ONG.
L'association a commencé à exporter de la gomme arabique qu'elle achète à des producteurs locaux et qu'elle revend à des importateurs américains qui vont l'utiliser dans les produits pharmaceutiques.

     Plusieurs formations ont été reçues par les membres de l'association. Depuis 2004, ces femmes sont sensibilisées aux règles, devoirs et responsabilités de la vie associative afin de renforcer les capacités des membres. Un projet de la Banque Mondiale pour stimuler l'entrepreunariat agricole incluait des formations dispensées aux associations maliennes. Les membres ont été formées sur les sujets des fruits et légumes, de la qualité et des bonnes techniques de transformation. La présidente a suivie de 45 jours en Israël en mars 2008.

Un nouveau programme épargne-crédit

     Ce nouveau programme s'ajoute aux activités de transformation plus anciennes de l'ONG. Chaque semaine, les membres versent la somme de 300FCFA dont 250 sont dirigées pour l'épargne et 50 pour le fond social utilisé en cas de problèmes sociaux. toutes les quatre semaines, des crédits allant de 10000 à 100000FCFA peuvent ainsi être reversés, remboursables en deux mois avec un intérêt perçu de 5%. Ces sommes permettent aux femmes de créer une activité génératrice de revenus. Certaines vont pouvoir acheter des produits locaux comme du poisson au bord du fleuve et les revendre sur les marchés et les foires en se faisant un petit bénéfice. Le remboursement se fait très bien, et l'activité ne peut que se développer. Grâce à ce programme, l'association a beaucoup grossi, elle compte aujourd'hui 35 membres.

Fonctionnement et organisation

     Toutes les femmes de l'association versent une cotisation mensuelle de 1 000 francs CFA (soit 1,5 €) et, à la fin de chaque mois, la moitié des bénéfices de la vente est répartie entre elles, l'autre moitié étant ajoutée au capital de l'association qui sert essentiellement à acheter la matière première. « Sewa Djama » effectue des commandes groupées, auprès de l'usine Sala Diallo, avec les membres de la coordination régionale des artisans qui font de la viande séchée afin d'obtenir des prix préférentiels : 2,5 francs CFA l'emballage.

Fonio précuit et miel vendus par Sewa Djama

Perspectives

     Ce sont surtout des projets concernant l'acquisition de matériel : pour être plus efficaces, les femmes de l'association souhaitent en effet obtenir un moulin pour battre le fonio, et du matériel plus moderne pour la fabrication des jus de fruits. Elles devraient les obtenir d'ici décembre 2006, grâce aux financements du DED.
L'association possède aussi un terrain sur lequel elle voudrait construire un siège et un magasin en 2007. Pour l'instant, c'est la maison de la présidente qui accueille les femmes de l'association. En 2008, l'ONG n'a toujours pas réussi à concrétiser son projet mais espère pouvoir dans les années qui viennent construire un centre pour des formations, des conférences, ainsi qu'un lieu de travail et une boutique de vente des produits. Actuellement, l'ONG a réussi à acquérir une petite case sur le bord du Niger afin de faciliter le rapprochement entre les pécheurs et les femmes qui vont revendre ces produits sur les foires.
D'autre part, l'association projette de participer à la foire artisanale du Mali qui a lieu dans les environs de Paris du 21 octobre au 17 novembre 2008. Une partie du voyage sera financée par une ONG. Des financements lui permettent aussi de pouvoir aller dans différentes foires comme celle du Burkina Faso pour présenter ses produits.

Partenaires

  • DED
  • Intervida
  • L'APROFA (Agence pour la Promotion de a Filière Agricole au Mali)
  • Emprunts à des caisses d'épargne locales

Réseau des Transformatrices de Ségou

     Seize associations de transformatrices de produits locaux de Ségou, dont « Sewa Djama », sont regroupées au sein d'un réseau depuis 2001. Toutes avaient suivi les formations proposées par le DEFSAM sur le développement de l'entreprenariat féminin. Avec l'aide de l'APROFA (Agence pour la PROmotion des Filières Agricoles), certaines femmes ont pu faire des voyages d'études, notamment au Burkina Faso pour échanger leurs expériences avec d'autres transformatrices. Suivant la saison et les produits en vente sur les marchés, ces femmes fabriquent des sirops (tamarin, oseille, gingembre…), des confitures, elles transforment les céréales, font sécher de la viande ou du poisson… Souvent, les ventes sont locales, mais il arrive qu'avec l'aide d'une parente vivant à l'étranger, quelques produits trouvent d'autres débouchés. Il peut s'agir parfois de très grosses commandes, jusqu'à 5 tonnes par exemple, ce qui représente 40 jours complets de travail en saison sèche pour chacune des membres.

     Chaque association cotise 1 000 francs CFA par mois pour être membre du Réseau. Cette constitution en réseau donne plus de poids aux petits groupements et leur permet de bénéficier de soutiens financiers plus importants. Par ailleurs, le réseau fait participer les femmes à des foires agroalimentaires où elles peuvent présenter et vendre leurs produits, et leur cherche des nouveaux débouchés.

     Depuis 2005, le réseau s'est transformé en fédération, l'URTPA (Union Régionale de Transformateurs de Produits Agroalimentaires), qui regroupe 15 associations ségoviennes et dont Djénéba Cissé est la présidente. Le statut de fédération leur permet d'obtenir plus aisément des financements.

Cette page a été réalisée par les membres de l'association Courants de Femmes.