FRA - Fondation Regard d'Amour

     Claire Ayémonna est une femme surprenante qui entend mettre en œuvre concrètement ses convictions et appliquer ses façons de voir et de comprendre le monde qui l'entoure à tous ses actes. Magistrate, elle mène de front une carrière juridique et la présidence de la Fondation Regard d'Amour . Mais elle refuse de se disperser en prenant part à d'autres organisations telles que l'AFJB , pour mieux se concentrer sur son travail au sein de la FRA . Elle nous reçoit une première fois début avril dans son bureau à Cotonou et nous invite quelques jours plus tard à venir visiter le centre d'accueil de la FRA à Abomey-Calavi.

     C'est là que Claire Ayémonna se met à nous raconter comment est née cette Fondation , les activités qu'elle mène et les idéaux qui la guident. Plus tard, elle nous conduit chez elle et nous écoutons un disque qu'elle a enregistré, dans lequel elle chante l'importance d'un « regard d'amour » avec un chœur d'enfants.

Une « organisation spontanée »

Le bâtiment de la FRA a été construit en hauteur

     Claire Ayémonna prend plaisir à faire le récit de l'historique de la Fondation qu'elle préside. Elle nous raconte que son mari, le Dr Paul Ayémonna, gynécologue dans le centre de santé d'une communauté à 60 km de Cotonou, a un jour fait accoucher une femme de sœurs siamoises. Dans cette région, les enfants mal formés sont souvent condamnés à mourir car les coutumes et les traditions les considèrent comme des porte-malheur ou des sorciers. Claire Ayémonna nous explique que, souvent, ces enfants sont tués par la famille qui fait alors croire à la mère que l'enfant est mort-né. Le médecin, se rendant compte que ces fillettes étaient bien portantes et qu'elles avaient des chances de survie, décida de les garder, elles et leur mère, dans le centre de santé, le temps de leur trouver une structure appropriée. Mais au Bénin, aucune structure n'existait pour faire face à ces situations : les centres d'accueil ou les orphelinats ne pouvaient prendre en charge que des enfants ayant perdu leurs parents. Une association italienne d'obédience catholique a finalement permis aux fillettes et à leur mère de vivre quatorze mois en Europe, au cours desquels une opération pour séparer les siamoises a pu être réalisée avec succès.

     Grâce à l'Eglise de Cotonou, les fillettes furent confiées à leur retour au Bénin à une religieuse, la sœur Anna, très sensible au problème des enfants sorciers. Elle fut confrontée aux mêmes difficultés pour trouver une structure adaptée qui puisse en outre prendre en charge la santé délicate de l'une des sœurs. Elle finit par retrouver le médecin à l'origine de toute cette histoire, le Dr Houngan. Ce dernier réunit alors une douzaine d'amis lors d'un déjeuner pour trouver une solution à la situation délicate des enfants. C'est ainsi que l'idée de créer une fondation a vu le jour, autour de la table de Claire Ayémonna, qui fut désignée présidente, puis reélue à ce poste quelques années plus tard. C'était le 23 mai 1994.

     Suite à ce repas, tout s'est mis en place doucement. Les juristes du groupe, Claire Ayémonna et la présidente du WiLDAF , se sont chargées des démarches juridiques et administratives. Une famille monégasque a apporté les fonds suffisants à la construction du bâtiment et un beau-frère de la présidente a dessiné les plans du centre d'hébergement : sur un petit terrain peu onéreux, il fallait construire en hauteur pour « pouvoir aller au bout de ses idées ». Nous avons donc été reçues dans une demeure de deux étages, relativement impressionnante, particulièrement bien conçue et fonctionnelle.

La prise en charge des enfants

     Claire Ayémonna et les membres fondateurs de la Fondation avaient décidé dès le début de n'accepter qu'un petit nombre d'enfants auxquels ils pourraient fournir une aide médicale et sociale efficace. C'est pourquoi le centre a été conçu pour accueillir une vingtaine d'enfants au plus et n'en compte aujourd'hui qu'une douzaine. Claire Ayemonna ne veut pas d'un orphelinat qui ressemble à un « centre de concentration pour enfants », ce qui tend à la desservir dans sa recherche de financements : elle estime en effet que les bailleurs du Nord sont toujours attachés au cliché misérabiliste de l'Afrique et refusent de croire que le centre de FRA n'a que très peu de moyens, au regard de l'espace et des soins apportés aux enfants.

Claire Ayémonna dans le dortoir pour bébés

La démarche de FRA

     La Fondation s'efforce toujours de retrouver les parents de l'enfant et de le réinsérer dans sa famille. En cas d'échec, les enfants seront adoptés par une famille béninoise, et ceci dès leur plus jeune âge. L'organisation se charge de déclarer les enfants et de faire les démarches pour l'adoption. La Fondation reçoit en moyenne deux à trois demandes d'adoption par semaine. Une fois placés dans des familles, les enfants sont « suivis » pendant quelques temps par la Fondation . Seules les deux siamoises sont restées dans le centre depuis sa création. Elles ont aujourd'hui 12 ans et doivent bientôt être placées dans des familles.

Chaque année, entre douze et quinze enfants sont accueillis

  • Enfants menacés dans leur intégrité physique ou morale : enfants sorciers (mal formés ou déficients mentaux), enfants victimes de trafic (vers le Nigeria ou le Gabon).
  • Enfants abandonnés (plus fréquent dans le sud du pays), souvent par des mères célibataires sans ressources.
  • Enfants dont la mère est morte en couches : le centre s'occupe des enfants pendant quelques mois, le temps que la famille s'organise pour accueillir l'orphelin.

Un centre de santé ouvert à tous

     A l'origine, le centre nécessitait un matériel médical suffisamment élaboré pour s'occuper de la santé fragile des siamoises. Les parents du quartier emmenaient leurs enfants pour les consultations et, progressivement, c'est toute la population des villages alentours qui a trouvé là un véritable centre de santé local. Aujourd'hui, le centre de la FRA soigne jusqu'à 25 personnes par jour, notamment après la saison des pluies.
Consultations et médicaments génériques y sont vendus à prix modiques.

Des « vacances agréables »

     Depuis quelques années, la FRA organise des séjours de loisirs pour les enfants de la région. Ces colonies de vacances rencontrent un grand succès puisque, si la première édition avait rassemblé 20 enfants internes, cette année, on compte 50 internes et un total de 87 enfants. Les parents versent une contribution de 15 000 francs CFA pour deux semaines et diverses activités récréatives, sportives ou culturelles ainsi que des excursions pour découvrir le pays sont proposées aux enfants. Ils ont ainsi pu visiter les bases aérienne et navale des Forces Armées Béninoises, les musées d'Ouidah ou d'Abomey, l'Institut Régional de Santé Publique d'Ouidah, l'huilerie de Bohicon...

     Claire Ayémonna considère en effet que « les jeux, les divertissements, les sorties organisées et encadrées contribuent au développement psychoaffectif de l'enfant ». C'est ainsi que la FRA met également à la disposition des enfants du quartier une aire de jeux et un terrain de sport.

Un cadre pour la réflexion et l'information des jeunes

La bibliothèque compte 500 inscrits

     Au deuxième étage du bâtiment, une bibliothèque, la seule de la municipalité d'Abomey-Calavi, permet aux étudiants comme aux plus jeunes de venir emprunter des livres. Quelque 500 jeunes y ont adhéré et beaucoup viennent passer quelques heures dans la petite salle le week-end, pour réviser ou lire tranquillement.

     Au centre de la FRA , des séminaires et des sensibilisations sont également régulièrement organisés sur le droit des enfants dans la salle de conférence.

Cette page a été réalisée par les membres de l'association Courants de Femmes.