Le Dr Oumou Fofana, présidente de l'AFESIM
Nous avons rencontré en juillet 2006 la présidente de l'association, le Dr Oumou Fofana, biologiste en immunologie, et le trésorier, le Dr Amdoula Baldé, médecin. Ils nous ont accueillis dans les bâtiments de la Direction Nationale de la Santé. Mme Fofana est une femme très occupée et nous apprenons qu'elle part le lendemain pour un long voyage. Elle nous raconte la naissance de son association. Celle-ci est née de la 4ème conférence internationale sur le SIDA à Stockholm. Mme Fofana et plusieurs femmes africaines présentes se sont rendu compte que les hommes parlaient au nom des femmes, et ne se préoccupaient pas des problèmes plus particulièrement liés aux femmes.
C'est de ce constat qu'elle a décidé de créer une association féminine en Afrique, le continent le plus touché par le SIDA. Quand cette décision a été prise, le Mali était sous le régime du parti unique, et pour créer une association, elle devait alors s'adresser à l'Union Nationale des Femmes au Mali, qui n'appuya pas le projet, voyant dans l'association de Mme Fofana une forme de concurrence. Il faudra attendre la chute du régime en 1991 pour que l'association voie le jour. Mme Fofana prend la présidence de l'association en 1996. Elle est également trésorière de l'association SWAA INTERNATIONAL (Society for Women and AIDS in Africa), dont la branche au Mali est l'AFESIM, Association Femmes et Sida au Mali.
En 2008, nous sommes revenus voir l'association. La présidente nous a reçus dans les locaux de Quinzambougou, en compagnie d'une chargée de programme, Kadidjatu Yara. Les perspectives de l'association avaient alors un peu évolué.
L'association compte une vingtaine de membres dont une dizaine de membres actifs, tous bénévoles. Mme Fofana nous fait remarquer que les membres étant bénévoles, ils ne participent malheureusement pas toujours très activement. Ils disposent d'un Kit vidéo, ainsi que d'un ordinateur, sans connexion Internet. Ils utilisent donc les cyber cafés régulièrement pour communiquer via Internet.
L'AFESIM est liée à de nombreuses associations maliennes et africaines : le réseau RONGAS, la CAFO, l'AFAS-AMAS, la SWAA, l'association mère qui compte des branches dans tous les pays et dont le siège est à Dakar. Les associations communiquent beaucoup et organisent ensemble des conférences.
Le ministère de la Santé, le Groupe Pivot Santé Population (collectif associatif qui compte plus d'un millier d'ONG dont plus de 100 s'occupant tout particulièrement du SIDA) lui fournissent les fonds nécessaires à la réalisation de ses activités.
En 2001, 1,7% des Maliens étaient touchés par le SIDA. Une étude est en cours pour actualiser ce chiffre, mais Mme Fofana estime qu'il sera largement dépassé.
Les activités de l'association sont diverses, leur but étant le plus souvent d'informer la population malienne, qu'il s'agisse de groupements de femmes ou de parlementaires.
Jusqu'à présent, le Mali n'était doté d'aucune loi concernant le SIDA. Le président de l'Assemblée Nationale a participé à l'élaboration d'un projet de loi visant à combler ce vide. Il existe en effet un manque d'information concernant la maladie et les problèmes qu'elle implique au Mali. L'Assemblée Nationale ne disposant pas des fonds nécessaires pour dispenser elle-même des réunions d'information sur le sujet et afin d'éviter que le vote s'effectue sans aucune connaissance des implications de ce projet de loi, l'association a pris en charge la sensibilisation de 75 parlementaires. La loi a été adoptée le 2 juin 2006. Elle prévoit :
Le travail quotidien des membres de l'AFESIM est plus axé sur les femmes souffrant du SIDA. L'association est membre du CAFO qui compte 800 associations. Elle organise souvent en partenariat avec d'autres associations des conférences, des débats et des causeries avec la population de Bamako. Elle participe en outre à des journées d'information sur la maladie, lors de la Journée Nationale du SIDA en décembre, mais aussi lors de journées consacrées à l'information sur d'autres maladies comme par exemple la tuberculose (Mme Fofana s'occupe de la lutte contre la tuberculose au sein de la Direction Nationale de la Santé). L'association sensibilise également les femmes sur leurs droits et les lois existantes qui sont la plupart du temps inconnues de la majorité de la population malienne.
Depuis quelques temps, l'association peine à rester encore active en raison de gros problèmes de financement. La connexion Internet et les animateurs sont rarement payés, faute d'avoir un projet financé en cours. L'association continue de mener des activités de sensiblisation grâce à un petit financement de l'Unesco.
Toutefois, un grand projet sur l'étude de la vulnérabilité va être mené dans cinq régions du Mali en coordination avec plusieurs association maliennes. 3 équipes seraient formées pour 2 ans de travail. Elles se composeraient de membres des associations ainsi que d'un sociologue et d'un démographe. Ce projet sera supervisé par le HCNLS (Haut Conseil National de Lutte contre le SIDA) et l'ONUSIDA et se déroulera en deux phases :
Pour les prochains mois, on peut espérer que si les résultats de ce projet sont concluants et que l'association trouve les fonds suffisants pour mener à bien la deuxième phase du projet, l'ONG pourra voir ses capacités renforcées.