AMSOPT - Association Malienne pour le Suivi et l'Orientation des Pratiques Traditionnelles

     Nous avons rencontré la présidente de l'AMSOPT, Mme Kadidia Sidibe au siège de l'association, à Bamako. Elle nous a aimablement reçues le 31 décembre 2003 et a accepté avec joie un partenariat avec Courants de Femmes. Nous avons donc formé son fils à la programmation web pour qu'il crée puis actualise le site de l'AMSOPT.
Finalement, le site n'a pas vu le jour, mais nous avons renoué contact en juillet 2006. Ravies de reconduire le partenariat, les membres de l'AMSOPT nous ont demandé une formation pour créer le blog de l'association. Le système du blog leur a semblé tout à fait approprié : cela permet de donner une visibilité à l'association, et permet aussi une certaine interactivité, d'autant que l'association a un programme d'activités important. Nous avons donc formé la secrétaire et comptable, Aminata Maiga, ainsi que la chargée de communication, Hanatou Maiga.
En 2008 nous avons pu constater que la secrétaire remettait régulièrement à jour le blog de l'association et qu'elle avait très bien assimilé, tout comme la présidente, l'importance qu'il pouvait avoir pour leur association. En effet, l'association a pu rencontrer de nouveaux partenaires par ce biais et d'autres associations leurs demandent régulièrement comment et pourquoi l'AMSOPT a été menée à réalisér cette ouverture réussie aux technologies de l'internet.

     L'AMSOPT s'est érigée en ONG en 1991. Sa présidente, ancienne enseignante du second cycle, nous a expliqué s'être investie dans la lutte contre l'excision à la suite du décès de l'une de ses élèves de 16 ans, qui a succombé aux séquelles d'une mutilation génitale féminine (MGF).
Mais les activités d'information, d'éducation et de communication avaient commencé dès 1984 à l'issue de la Conférence Internationale sur les pratiques traditionnelles tenue à Dakar sous l'égide de l'UNFM.
L'AMSOPT travaille sur les pratiques traditionnelles néfastes à la santé de la femme et de l'enfant, et axe principalement son action sur la lutte contre l'excision et les mariages précoces. En particulier, elle s'attaque aux mutilations génitales féminines dans le Sud du pays et au gavage au Nord (le gavage est une pratique qui consiste à nourrir démesurément une jeune fille pour la faire paraître plus âgée et donc la marier précocement).
Parallèlement, elle cherche à promouvoir certaines pratiques traditionnelles telles que le port de l'enfant au dos, l'allaitement traditionnel et l'éducation sexuelle traditionnelle.

Fonctionnement de l'organisation

     L'AMSOPT est une ONG qui emploie cinq permanents et cinq agents sur le terrain (pour l'année 2006). Ces derniers sont répartis en animateurs et superviseurs. L'association travaille en partenariat avec des petites associations locales, en leur fournissant un encadrement et éventuellement des moyens financiers. Le statut d'ONG oblige l'AMSOPT à fournir, tous les ans, des rapports financier et d'activité au gouvernement.

     Par ailleurs, l'AMSOPT est membre active du Réseau Malien de Lutte contre les MGF qui assure des formations aux associations combattant la pratique de l'excision, ainsi que du réseau Stop MGF depuis janvier 2006. Ce réseau réunit des associations de 8 pays d'Afrique (BAFROW en Gambie, TAMWA en Tanzanie, BBSAWS au Soudan, ECWR en Egypte, TOSTAN au Sénégal, Voix de Femmes au Burkina Faso, AMWIK au Kénya, AMSOPT au Mali).

Etat des lieux

La Présidente de l'AMSOPT, Mme Kadidia Sidibe

     Selon la dernière enquête démographique nationale, 91% des Maliennes sont excisées. Cette pratique touche tout le pays, excepté certaines régions du Nord. Il existe plusieurs types de mutilations génitales : excision, perçage du clitoris, couture des grandes et/ou des petites lèvres, infibulation, brûlure du clitoris…
Auparavant, ces mutilations étaient pratiquées sur les jeunes filles avant le mariage, mais aujourd'hui, ce sont surtout les bébés qui en sont victimes. Cette pratique touche toutes les religions et elle est considérée comme un phénomène culturel.
Ainsi, comme le confie Mme Kadidia Sidibe, s'attaquer aux MGF signifie s'attaquer à des cultures, à des traditions et donc à des populations, le plus souvent en milieu rural, qui vivent dans ces coutumes. Lors des campagnes d'information, la prudence et la pédagogie sont donc de mise.
Par ailleurs, il existe désormais une loi interdisant les MGF dans certains pays limitrophes comme le Niger et le Sénégal, ce qui provoque un exode des exciseuses vers le Mali et agrave la situation.

L'analyse de Mme Sidibe

      L'excision est une pratique culturelle qui proviendrait d'un glissement de la circoncision de l'homme vers la femme. Mais si Abraham a demandé à ce que l'on circoncise le garçon au huitième jour de son existence, il n'a jamais parlé d'excision.
Par ailleurs, Abraham eut un dernier enfant avec Sarah à l'âge de 90 ans, à la suite de sa circoncision. L'ablation du prépuce permettrait donc d'augmenter la fertilité de l'homme. C'est une qualité que l'on prête aussi à l'excision.

     L'origine des mutilations génitales féminines reste obscure et certaines associations de femmes musulmanes prétendent que ces pratiques font partie de l'islam. Mais Mme Sidibe nous explique que, dans le Coran, aucun texte ne traite de cette question et que d'ailleurs, aucune de ces associations n'a pu lui fournir de normes religieuses précises concernant l'excision.

     Pour la présidente de l'AMSOPT, l'excision et la circoncision remplacent les sacrifices humains qui ont été interdits par la religion musulmane. Elle justifie ces propos par le fait que le sang des excisées est encore utilisé pour arroser les idoles et les champs pour favoriser une bonne récolte et pour préparer un poison virulent afin d'éliminer un ennemi en 24 heures.

     Elle considère donc qu'il s'agit avant tout d'un problème d'information et de connaissance réelle du corps humain, puisque beaucoup croient encore que si la femme n'est pas excisée le clitoris se développe, rendant cette dernière stérile.

D'autres facteurs expliquant la persistance des MGF

  • la non-perception des mutilations comme un problème de santé : en cas de décès, la responsabilité est attribuée à la malveillance d'une autre personne ;
  • l'influence profonde des préjugés qui bloque tout esprit critique et d'analyse ;
  • les MGF relèvent d'une décision familiale et communautaire.

     La prise en compte de ces données exige donc beaucoup de prudence, de patience et de travail de fonds afin d'impliquer tous les acteurs dans les campagnes d'information.

Stratégie adoptée

     Lors de notre rencontre, la présidente a insisté sur l'importance de la stratégie d'action. Mener une action de proximité en travaillant avec les populations locales est indispensable pour que ces dernières s'impliquent. L'AMSOPT cherche à les responsabiliser tout en leur faisant confiance. Elle cible ses discours d'information sur le fonctionnement des organes sexuels afin de lutter contre les préjugés et croyances, ainsi que sur les problèmes de santé liés à ces MGF. Mme Kadidia Sidibe considère que le seul moyen de faire évoluer les mentalités, c'est de montrer concrètement aux populations les méfaits des MGF. Les populations ne semblent pas sensibles aux grandes théories.

Moyens d'action

     En 2003, l'AMSOPT était active dans 75 villages dans les régions de Bamako, Kayes et Koulikoro. Depuis le réseau s'est étendu, même s'il reste encore beaucoup de zones à couvrir, ce qui représente d'ailleurs un des principaux défis de l'association. L'association cherche à développer une information de proximité : elle organise des séminaires et forme des personnes-relais villageoises. Des animateurs offrent des sessions d'information sur le fonctionnement du corps humain, des appareils génitaux masculin et féminin. Le but de ces « classes » est de convaincre les villageois de l'inutilité et des dangers des MGF. L'AMSOPT dispose ainsi de personnes-relais (deux femmes et deux hommes) dans chacun des villages où elle intervient.
Par ailleurs, l'AMSOPT recense les exciseuses et prend en charge les complications dues aux excisions. L'association paie les frais d'hospitalisation et la famille les dépenses liées au transport et à la nourriture.
Enfin, l'Association cherche à faire pression au plan politique pour l'adoption d'une loi condamnant les MGF (cf. Plaidoyer à l'Assemblée Nationale pour l'adoption d'un avant-projet de loi interdisant la pratique de l'excision), et à favoriser le débat. Elle publie par exemple des articles rédigés à partir d'émissions radio, complétés par les commentaires des membres de l'association et de différents intellectuels.
Aujourd'hui l'association a de bonnes raisons de croire que la loi contre les MGF sera adoptée grâce à la pression de l'Assemblée cependant la présidente reste lucide : une loi passée est une reconnaissance mais il faudra énormément de travail pour pousser les villages de brousse à la reconnaître et à arrêter la pratique de l'excision.

Partenariats

Quelques résultats obtenus depuis 1995

  • six filles ont été désinfibulées ;
  • quinze femmes ont été traitées pour des problèmes de prolapsus ;
  • 23 villages ont abandonné l'excision en 1998 et 1999 ;
  • 25 exciseuses ont abandonné leur activité en 1996 ;
  • neuf villages sur dix ont abandonné l'excision dans la région de Kayes;
  • En 2008 l'association est reconnue nationalement grâce à un documentaire sur AMSOPT et l'excision, passé à la télévision malienne.

Prix

  • Prix spécial des Droits de l'Homme en 2000
  • Diplôme de reconnaissance du Ministère de la Promotion de la Femme, de l'Enfant et de la Famille.
Cette page a été réalisée par les membres de l'association Courants de Femmes.